Chien-Brun, par Emmanuel Merle

DSCN5954

Chien-Brun

Lettre à Jim Harrison / extraits

Au col de la Muzelle, au-dessus de Valsenestre, dans la vallée de Valjouffrey, j’ai assisté à une scène magnifique. Redescendant prudemment la pente schisteuse qui m’avait permis d’accéder au col, adossé au mille-feuilles de la roche, je pouvais voir ce que je n’avais encore jamais vu : une quinzaine de rapaces, en contrebas, tournoyant, majestueux de lenteur, sortes de christs menaçants. Je les découvris d’un coup. Je me répétai immédiatement LA formule, le mantra
(me disant que « Mantra » serait un remarquable nom propre pour l’un de ces oiseaux).
Donc ils volaient. Certes. Mais pourquoi aussi nombreux ? Il y avait plus bas la dépouille
sanglante d’un bouquetin. Par groupes successifs de trois ou quatre, les rapaces fouillaient dans le rouge.
Voler, oui, mais ce que veut dire Jim, c’est que l’écrivain est également au plus près de la chair, de la sensation, qu’il ne peut pas s’empêcher d’aller au bord de la plaie, et que même ça lui est nécessaire.

Chien-Brun, par Emmanuel Merle

12×16 / 16 pages / 8€ frais de port compris